Le message de la Redadeg 2026
Le témoin qui passe de main en main est le symbole de la langue bretonne qui nous a été transmise de génération en génération. Il transporte un message dont l’auteur et le contenu sont gardés secrets jusqu’à l’arrivée où ils sont alors dévoilés au public.
Voici dévoilé le message qui a été glissé dans le témoin à Lannion le 8 mai 2026 et lu le 16 mai 2026 sur la scène de l’arrivée à Nantes. Un très beau texte émouvant et fort sur le thème de l’année "Bevañ, Bodañ, Bezañ". (= Vivre, réunir, être)
Le texte à lire :
Vivre, être et rassembler.
Subir, tenir et suer.
Des gens divers et déjantés,
2226 kilomètres en tout,
A courir derrière le camion,
Et répétant sans cesse qu’ils aiment leur langue.
Serions-nous comme des chiens courant derrière un os ?
Et la solution serait de courir nuit et jour ?
Alors, pourquoi court-on ?
En dépit du monde et des guerres,
En dépit de l’Etat et des inégalités sociales,
En dépit des pluies,
En dépit de tout
Vivre et être groupés,
Courir et rassembler tout le monde,
En dépit de tout,
Dans les nuits froides,
Sur les routes défoncées,
A des allures changeantes,
Dans les poumons asphixiés par la fumée
Et dans nos pauvres chaussures déchirées
Le bâton est passé de main en main, d’une main à l’autre,
Soutenant une histoire, empli d’une envie d’aller de l’avant et un espoir pour l’avenir.
Aujourd’hui, nous sommes à Nantes, capitale de la Bretagne.
Ce n’est pas pour jouer, ni pour passer le temps, mais pour montrer que nous sommes vivants, et que nous sommes prêts à avancer, tous ensemble.
La Redadeg a été longue : 2 226 kilomètres, jour et nuit, sous la pluie, dans les nuits froides, sur de mauvaises routes. Chaussures déchirées, essoufflement, corps et muscles endoloris...mais on a couru quand même, on a couru, sans arrêt.
Et la question demeure : pourquoi ?
Pour quelles raison avons-nous couru ?
La réponse est claire : parce que nous défendons notre langue, le breton, la langue de Bretagne.
Parce que notre langue est vivante et nous ne voulons pas qu’elle soit oubliée. Parce qu’elle n’est pas officielle dans son propre pays.
Voila la vérité. Voila la honte.
Pourtant, nous ne céderons pas.
Nous avons des droits et nous ne demanderons pas l’autorisation de les obtenir. Voila ce que nous devons dire haut et fort : nous ne nous excuserons pas.
Nous ne nous excuserons pas de vivre notre langue, de la parler, de faire en sorte qu’elle soit vue et entendue.
Il ne s’agit pas de quelque chose à demander mais d’une chose à faire.
Une langue vit par ceux qui la parlent, ceux qui résistent, en dépit des difficultés, des écueils.
Cette course n’est pas seulement une course. C’est un combat. Chaque avancée a été un coup de cœur pour le pays, chaque kilomètre apportant de l’espoir. Oui, on a eu du plaisir, il y a eu les fêtes, on a récolté de l’argent pour la langue.
Mais on a surtout montré qu’on lutte ensemble, et que nous consolidons la solidarité qui nous unit tous.
Car cette solidarité va au-delà de la Bretagne.
Beaucoup d’autres peuples luttent aussi pour leur langue, pour leur liberté. On pense à eux et nous sommes avec eux.
Bretonnes et Bretons, nous ne cesserons pas, nous ne céderons pas.
Car le breton, ce n’est pas uniquement des mots : c’est la langue d’un peuple, la langue de la liberté.
Nous courrons, nous ferons face, nous vivrons.
Car nous sommes vivants, et nous existons.
Félicitations à ceux qui ont couru pour l’avenir du breton, pour que tout le monde comprenne : sans transmission, le breton n’a aucun avenir.
Félicitatons à ceux qui ont couru pour que le breton ait sa place dans la vie sociale !
A ceux qui ont couru pour pousser les familles à parler breton à la maison !
Luttons tous pour que tout le monde utilise le breton, à toute occasion, dans chaque coin de Bretagne.
Oui ! Luttons !
Ecrit par :
Anna Ar Beg
Loeiza an Duigou









